CD / Suède

Critique du CD “On the fly”, rédigée par Yann Kergunteuil

On
the fly
Bienvenue ! Écouter On
the fly
(disponible sur spotify
ou à
l’achat
), c’est un peu entrer dans une maison
suédoise un soir de musique, en hiver loin des villes. Ou dans une
grange transformée en parquet de danse un après-midi d’été. Ça
chante, joue, valse. Le disque est long, varié, généreux,
l’explorer prend son temps. Il revisite le répertoire d’Anna
Kajsa Norman
(1820-1903), violoniste légendaire surnommée
« Spelstina », née dans le Dalarna (centre du pays), et
qui vécu principalement dans le Gästrikländ.
Åsa Anderson (violon, alto), Erika Lindgren Liljenstolpe
(violon), Carina Normansson (violon) et Josefina Paulson
(nyckelharpa, violon) remettent ainsi en lumière l’apport souvent
oublié des femmes à la musique traditionnelle nordique.
Le disque débute par
i Delsbo
(« En ce temps, à Delsbo »), belle
polonaise aux sonorités joyeuses, faisant penser aux marches lançant
certains festivals. L’arrangement est bien vu, l’invitation
festive, le quatuor accueillant. Vient ensuite Höken, le
faucon. Solo interprété par Erika Lindgren Liljenstolpe, avec un
drill parfois rugueux et des sonorités « d’avant »
pouvant rappeler l’intensité des enregistrements de collectage.
Les morceaux Ritsch-ratsch,
N°11 och älsklingen,
Brudmarsch efter Axel Inge och polska
efter Lindblad
sont joués par les
quatre musiciennes.
La qualité des nuances est frappante,
l’interprétation pour le plaisir et pour la danse. Les
arrangements ne sont pas tant simples qu’épurés. Les pistes sont
suffisamment longues pour que l’imagination s’y laisse glisser si
elle le souhaite.
Gök-Ho-Barbo est
particulièrement réussi, long morceau, narratif à souhait,
fourmillant d’idées, complexe avec un très beau passage en
mineur, et un chant à l’unisson spontané comme on fredonne sur un
navire (ces voix directes se retrouvent sur Muntermarsch).
Polska efter Jan Olof Olsson est également une très beau
moment du disque ; il s’agit du solo de Carina Normansson, qui
a reçu en 2017 la « marque de Zorn »
d’or, plus haute distinction qu’un.e musicien.ne traditionnel.le
puisse se voir décernée. Elle couronne les artistes ayant apporté
une contribution exceptionnelle à la musique suédoise, pas plus
d’une ou deux sont décernées chaque année.

Le solo de Åsa Anderson,
Fäbolåt Från Högbo (chanson des alpages de Högbo), est
d’une grande simplicité. Il met en valeur la prise de son très
directe, artisanale, rugueuse, convenant très bien à ce répertoire
et à la démarche du disque. Den Heliga Andan och Mormors Stämma
est un peu long mais intéressant, tant les musiciennes s’amusent
avec le rythme.
Le solo de Josefina
Paulson est remarquable, ceux l’ayant déjà vu jouer ne seront pas
surpris ! Elle parvient à faire parler son nyckelharpa comme peu,
l’instrument trouvant ici une grande expressivité. Mention
spéciale à Nr 17 Polska från Hälsingland, joué avec
douceur et mélancolie, donnant la réplique au virevoltant Uggla
(« la chouette »), et ses quelques notes mineures
distillées malicieusement tout le long du morceau.
Avec On the fly,
Spelstinor propose une musique suédoise directe, oscillant entre la
simple joie des morceaux arrangés pour quatre instruments et
l’intensité des pistes de jeu solo. Le son de ce disque contraste
avec celui que les studios actuels donnent à la musique
traditionnelle, belle (re)découverte.
Yann Kergunteuil

Auteur

cmtnscandinavie@gmail.com

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